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Courrier International – n°612 (25-31 juillet 2002)Iran“Un pays survit avec le blasphème, mais s’écroule avec la tyrannie” Gooya News (extraits) Voici la lettre de démission de son poste d’imam de la prière du vendredi de l’ayatollah réformateur Jalaleddine Tahéri. Son départ fait l’effet d’une bombe au sein de l’establishment religieux et politique. Au nom de Dieu le miséricordieux. Je n’ai nullement l’intention de démoraliser ou de désespérer ce cher peuple noble et fier. Mais je ne puis fermer les yeux sur des réalités tangibles, cacher des vérités et être témoin muet de la douleur étouffante et de la souffrance insoutenable du peuple. La République islamique qui est le fruit du sang versé des courageux enfants de la nation musulmane d’Iran a été fondée sur la promesse d’un pouvoir juste, susceptible de faire prospérer le pays. Hélas les fondements de la République, c’est-à-dire la possibilité constante d’un renouvellement des dirigeants du pays et de la société civile, la liberté de critiquer le gouvernement et la prise en compte des revendications du peuple, ne sont pas devenus une réalité en Iran. Quand me reviennent les promesses et les engagements du début de la révolution, mon corps tremble comme un saule pleureur. Je constate que les fils des hommes au pouvoir et les privilégiés, dont certains portent des turbans, se lancent dans l’accumulation de richesses... Je rougis de honte pour ceux qui pillent les biens du peuple et qui considèrent ces richesses comme leur héritage personnel. Est-ce cela le pacte que nous avons promis de conclure avec les démunis ? Il est de mon devoir, moi qui ai humblement participé à la révolution, de demander quelle sera l’issue de tous ces dérèglements : la malhonnêteté, la faim, la pauvreté, la détresse, la discrimination et le désespoir imposés à la plupart, les richesses accumulées à leur détriment ? Jusqu’à quand allons-nous tenir des propos répétitifs et creux, organiser des conférences et soustraire encore une bouchée de pain à cette nation démunie pour financer des voyages politiques aussi pompeux qu’inutiles ? Qu’avons-nous à répondre à ces détournements répétés, ces extorsions de fonds et toutes ces illégalités ? Alors que ni le chah ni les Etats-Unis ne dominent plus ce pays pour qu’on leur fasse endosser tout ce qui ne va pas, pour quelles raisons refuser d’entendre des critiques positives ? La
grande calamité qu’est le rejet de tout ce qui est religieux, la désillusion,
le chômage, l’inflation, la cherté de la vie, le fossé profond et grandissant
entre les classes, la chute du revenu national, l’économie malade, la corruption
de l’administration, le dysfonctionnement grandissant de la structure politique
du pays, les détournements de fonds, la pratique des pots-de-vin, la toxicomanie
et l’absence d’une politique de lutte adaptée ont des conséquences catastrophiques
qui s’accumulent tel un torrent derrière un barrage, menaçant les “rois” du pays
et la survie de la nation. Ceux qui dans le pouvoir instrumentalisent la religion sont les alliés de groupes de fascistes entièrement incontrôlables. Ils se présentent à la fois comme juristes, chefs religieux, agents de l’ordre et gouverneurs ! Ces voyous ont semé la terreur en commanditant des assassinats en série. Au nom de quelle logique, et de quelle légitimité, justifie-t-on l’assignation à résidence du plus grand des juristes cléricaux, l’un des piliers de la révolution ? Qui d’autre parmi les responsables pourrait égaler le passé et les qualités de l’ayatollah Hossein-Ali Montazéri* ? Un pays peut survivre avec le blasphème mais s’écroule avec la tyrannie et l’injustice. Jalaleddine Tahéri
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