Le Soir (Bruxelles)

9 juillet 2002


Iran La visite de Laurette Onkelinx a permis de soulever la question des droits de la femme

Le régime iranien défend la lapidation

Les conservateurs iraniens, bien qu'écrasés aux dernières élections, n'ont pas dit leur dernier mot. En attestent le voyage de Laurette Onkelinx à Téhéran et la condamnation d'un danseur...

BAUDOUIN LOOS

La ministre belge de l'Emploi et de l'Egalité des chances, Laurette Onkelinx, qui est aussi vice-Premier ministre, a effectué au début du mois de juillet un court séjour à Téhéran pendant lequel il lui a été donné de vérifier le poids persistant du courant conservateur. Ainsi, s'agissant de la lapidation des femmes adultères, évoquée dans tous ses contacts par la Belge en même temps que les autres violations des droits de l'homme, la réponse des autorités rencontrées, pourtant estampillées " modernistes ", ne comportait pas de récusation de cette peine prévue par la " charia " (loi islamique).
Nous avons vu Mme Zahra Shojaei, directrice du Centre pour la promotion des femmes (et conseillère du président Khatami pour les matières féminines, NDLR) qui, sur ce sujet, ne s'est pas démarquée de la loi, nous dit Mme Onkelinx.
La réunion en question, qui se déroulait en présence de journalistes locaux, a même vu ladite Shojaei défendre avec force la lapidation, selon le journal conservateur " Resalat ", cité par le " Financial Times " hier. Le fait que la charia requière le témoignage concordant de quatre personnes pour que le châtiment soit ordonné serait une garantie, d'après la conseillère présidentielle.

Peine rarissime

Mme Shojaei a aussi précisé que les cas de lapidations se faisaient extrêmement rares. Ce qui semble exact : deux cas ont été rapportés par la presse iranienne en 2001, apparemment les premiers depuis l'ère Khatami (1997), alors que deux condamnations auraient été prononcées cette année et pas encore mise en œuvre. Ce qui n'enlève rien au caractère choquant de la peine qui voit la condamnée enterrée jusqu'aux aisselles puis lapidée par des volontaires qui lancent des pierres dont il est précisé qu'elles ne doivent pas être trop grosses (et tuer trop vite) ni trop petites.
Les lapidations (qui concernent aussi les hommes) ont repris depuis la " révolution islamique " de 1979 et elles figurent parmi les cibles des modernistes. Ce courant domine désormais le parlement mais l'appareil judiciaire demeure largement contrôlé par l'establishment religieux conservateur. Le président de la république, Mohammad Khatami, lui-même chef de file des modernistes, se range, dit-on à Téhéran, parmi les opposants à la lapidation malgré l'opinion telle qu'exprimée devant les journalistes iraniens de sa conseillère.
Cela dit, la situation de la femme, en Iran, est fort complexe. Et Laurette Onkelinx s'est fait un plaisir d'appuyer grâce à la signature d'une déclaration commune avec son homologue iranien Safdar Hosseini, la promotion du rôle socioprofessionnel des femmes. Un domaine où l'Iran a d'ailleurs beaucoup progressé les filles sont majoritaires dans les universités, par exemple depuis l'époque du shah.
Le concept de " l'égalité des chances " a tout de même été difficile à ajouter au texte, note Mme Onkelinx, qui n'a pas manqué d'observer les fortes tensions qui divisent sur ces sujets la société iranienne.·



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