Deux lieutenants de Ben Laden débusqués en Iran

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Washington : de notre correspondant Jean-Jacques Mével
Publié le 29.08.2002
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Téhéran offre peut-être aux « faucons » de l'équipe Bush le prétexte qui leur manque contre Bagdad : deux des lieutenants d'Oussama ben Laden auraient trouvé refuge en Iran avec des dizaines d'autres combattants d'Al Qaida, rapporte le Washington Post citant les services de renseignement d'au moins deux pays arabes.
L'article, daté de Djedda (Arabie Saoudite), vient renforcer un soupçon de longue date aux États-Unis et justifier le discours de George W. Bush contre « l'axe du Mal ». Il laisse entendre que la récente expulsion par Téhéran de 16 subalternes d'Al Qaida vers l'Arabie Saoudite n'était que poudre aux yeux. Dans le jeu compliqué du Moyen-Orient, ce « tuyau » pourrait être aussi une manoeuvre arabe visant à détourner les foudres de l'Administration américaine de l'Irak vers l'Iran.
Les deux hommes, l'Égyptien Saïf al-Adel et le Mauritanien Mahfouz Ould Walid, contrôlent les opérations militaires d'Al Qaida, prudemment déléguées par Oussama ben Laden et son bras droit égyptien Ayman Zawahiri, croit savoir le quotidien. En compagnie d'autres éléments terroristes, ils hanteraient les hôtels de Mashad et Zabol, à l'est de l'Iran, tout près de la frontière afghane. Le régime iranien « joue un rôle dans l'hébergement d'Al Qaida et dans son financement », assure un responsable arabe, dont le Post précise qu'il n'est pas saoudien.
Les deux fugitifs sont connus aux États-Unis. Saïf al-Adel y a été inculpé d'assassinat et de conspiration, après le double attentat contre les ambassades de Nairobi et Dar es-Salaam (258 morts en août 1998). Mahfouz Ould Walid, lui, est un revenant : le Pentagone le donne pour mort depuis l'assaut sur l'Afghanistan, mais il aurait survécu et jouerait depuis un rôle de premier plan. Le duo serait impliqué dans la préparation d'attentats en Europe, en Afrique, au Moyen-Orient et dans le Golfe.
L'Iran a fait démentir les assertions du Washington Post, en même temps que son président répliquait aux récentes mises en gardes de George W. Bush contre les menées « intransigeantes et destructrices » de l'Iran. « Nous ferons tout ce qui est possible pour éviter une agression (américaine), assurait hier Mohammed Khatami. Si une telle attaque devait se produire, nous sommes résolus à payer le prix qu'impose la défense de nos intérêts ».
Ce coup de froid est la suite logique du discours de la Maison-Blanche sur « l'axe du Mal », liant l'Irak et l'Iran dans une même réprobation américaine. Mais à l'heure où Washington voudrait mobiliser des alliés contre Saddam Hussein, il inquiète aussi les tenants du réalisme en politique étrangère. « Il faut cesser de se faire des ennemis dont nous pourrions nous dispenser », estimait mardi Anthony Zinni, ancien général des Marines et conseiller de Colin Powell pour le Proche-Orient.
Le scoop du Washington Post, s'il était avéré, confirmerait aussi qu'Al Qaida n'est pas décapitée et que la lutte à mort engagée il y a dix mois est loin d'être terminée. En Afghanistan, les Forces spéciales américaines intensifient leurs opérations de ratissage sur les 400 km de montagne difficile qui marquent la frontière avec le Pakistan. L'état-major américain est, semble-t-il, convaincu qu'Oussama ben Laden et Ayman Zawahiri y rôdent encore.
Patron des opérations, le général Tommy Franks vient de reconnaître que les troupes américaines sont en Afghanistan « pour des années », pour éviter que le pays ne redevienne un camp d'entraînement terroriste. A Cuba, la base américaine de Guantanamo s'apprête à recevoir de nouveaux détenus. Elle héberge aujourd'hui 598 talibans et membres d'Al Qaida. Le nombre de cellules sera prochainement porté à plus de 800.



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