Le Soir du samedi 17 novembre 2001
ICI TÉHÉRAN
Des Irlandaises ont vu des jambes nues
SIAVOSH GHAZI
La vingtaine d'Irlandaises, venues supporter jeudi leur équipe au grand stade Azadi de Téhéran, étaient un peu perdues au milieu des 100.000 supporters mâles iraniens. Mais elles étaient bel et bien là. Installées au-dessus de la tribune officielle.

Nous sommes arrivées ce matin. Les Iraniens sont très gentils et nous n'avons rencontré aucun problème pour venir au stade, affirme Ashley, tout en agitant le drapeau irlandais. Il n'empêche : il aura fallu discuter pendant de longues minutes avec les soldats de faction devant l'entrée du stade pour que le bus des Irlandaises puisse entrer dans ce lieu réservé aux hommes.

Certes, les Iraniens attendaient ce match avec impatience et espéraient se qualifier pour la phase finale de la Coupe du monde. Mais l'annonce de la présence de supportrices irlandaises a véritablement passionné les Iraniens mais aussi et surtout les Iraniennes. Une question qui s'est transformée en sujet de polémique entre réformateurs et conservateurs.

Les religieux de Qom ont signé une pétition pour dénoncer la présence de femmes au stade, a écrit le quotidien intégriste " Jomhouri Islami ". C'est pour protéger les femmes de la violence de certains supporters et des insanités que lancent certains durant le match, affirmait encore un responsable conservateur. Avant d'ajouter que, bien sûr, la majorité des supporters se conduisaient bien...
Et pourtant, dans les cinémas, il n'y a pas d'enclos féminin
Depuis le début des années 90, les femmes et leur pudeur sont interdites de stade. " Cette décision se justifiait ", fut-il avancé, " par le fait qu'il ne fallait pas que les femmes voient les jambes nues des joueurs mais aussi par le fait qu'il fallait protéger les femmes des quolibets et des propos malsains des férus de foot ."
Après une dizaine d'années de privation, la fédération de football avait donc annoncé que les supportrices irlandaises - et seulement elles - pourraient accéder aux gradins. Ce que les conservateurs ont bien sûr dénoncé. Au départ, quelque 300 Irlandaises avaient déposé une demande de visa. Mais en fin de compte, seule une vingtaine d'entre elles, avec quelque 180 hommes, ont fait le voyage. Outre les supportrices, quelques femmes de diplomates et des journalistes ont également été admises.
Cette décision n'est pas du goût des Iraniennes qui dénoncent une discrimination. Pourquoi les étrangères et pas nous ?, demande avec colère Azita, une écolière de 17 ans.

De nombreuses jeunes Iraniennes sont passionnées de football et, il y a quatre ans, lors d'une rencontre éliminatoire pour la Coupe du monde entre l'Iran et l'Australie, plusieurs centaines d'entre elles avaient forcé les portes du stade Azadi. Les autorités avaient dû plier. Quelques jours plus tard, lorsque l'équipe victorieuse est rentrée d'Australie avec le billet d'entrée pour la Coupe du monde, plusieurs centaines de jeunes filles ont, de nouveau, pris d'assaut le stade où se déroulait une cérémonie pour accueillir les joueurs.
Ces premiers pas, renforcés par l'épisode des Irlandaises, pourraient-ils vraiment ouvrir les portes des stades aux femmes iraniennes ? Plusieurs députés réformateurs, parmi lesquels des femmes, se sont dits favorables. Les responsables de la fédération de football envisagent, quant à eux, de réserver aux femmes un espace délimité des tribunes car il n'est pas encore question d'accepter la mixité. Mais une telle hypothèse n'est pas du goût des conservateurs qui préfèrent que les femmes regardent les matchs à la télé ou au cinéma où, pourtant, les sexes ne sont pas séparés.·
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© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2001

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